J'ai pensé à faire un blog en retranscrivant les carnets de guerre de mon grand-père Jean, mais la tâche est importante ! Beaucoup de textes, des photos qu'il developpait clandestinement dans les tranchées (c'était interdit) ainsi que de nombreuses aquarelles qu'il faisait pendant les temps "calmes".

 

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Photo prise entre 1914 et 1916 lors d'une permission à Paris.

 

 Voici les premières pages du journal de guerre de mon grand-père (1889 - 1992) :

ICI

   "Pendant la Guerre j'avais  pensé à plusieurs reprises faire un album de toutes les photos que je faisais ou qui me resteraient à faire en les accompagnant d'un petit récit pour éviter les absences de mémoire possibles; -mais vers 1916 j'avais renoncé à ce projet sachant que ce serait un travail long et peu interessant pour ceux qui auraient l'occasion de le parcourir-.

   En 1918 j'ai même demandé à mes parents de brûler toutes les lettres que je leur écrivais depuis le 1er août 1914 tous les jours, il ne me restait donc uniquement que les photos.

   Je pouvais les regarder si bon me semblait, mais je devais donner quelques sommaires explications sur chacune si je donnais mes albums en communication à mes proches ou amis.

   C'est alors que je me suis armé de courage pour faire malgré tout un receuil de toutes les photos prises de fin 1914 à mi-juillet 1919 près de 5 années- ces photos sont donc l'oeuvre d'un embusqué de l'avant mais ou un vrai combattant, aussi je n'ai nullement l'intention de vouloir passer pour un héros, mais simplement pour un "Jean Bousquet" qui prononcé obligemment a quelque ressemblance avec "embusqué"....

 

Le 1er août 1914. Départ de Paris

  "Le samedi matin 1er août, je faisais justement cette réflexion : "s'il y a la guerre, je ne me rase plus" - car depuis quelques jours l'on parlait de plus en plus d'une guerre éminente, le bruit courait même que peut-être l'on ferait semblant de s'y résoudre pour donner à réfléchir aux Allemands en nous voyant nous y préparer! en somme faire une fausse mobilisation...

La veille au soir il y avait foule sur les Boulevards, pour connaître les nouvelles ; mon frère Raoul avait vu la foule se ruer rue Montmartre où Jaurès venait d'être exterminé par le revolver d'un jeune justicier Raoul Vilain, rémois d'origine (son père habite encore Reims). Je n'avais pas fini ma phrase que mon Père me remet une carte postale que venait d'apporter le facteur, c'était mon ordre d'appel pour rejoindre mon Corps "immédiatement et sans délai", j'ai alors changé d'avis, j'étais à moitié rasé, j'ai continué mon travail. Je me suis alors habillé en Hussard et suis allé au bureau, au grand étonnement de monsieur Vimont, mon "patron" et des quelques amis que j'ai rencontré ce matin là, inutile de dire que je n'ai pas travaillé, je venais simplement prévenir que je m'absentais pour X temps.

Aussitôt déjeuné je suis parti à Meaux, où je suis arrivé dans les premiers parmi les réservistes.

Le régiment d'active était parti depuis la veille pour les Ardennes dans la direction de Rocroi, pour garder la frontière Belge. J'ai passé cette première nuit au Quartier avec ceux qui arrivaient comme moi par ordre d'appel particulier ; la carte postale d'invitation. Le lendemain je suis désigné par le chef d'escadron Loos, commandant le Dépôt, pour aller à quelques kilomètres de là, surveiller un ouvrage d'art d'après les indications d'un pli de mobilisation ouvert pour la circonstance. Un sous-officier d'active était déjà là avec une vingtaine d'hommes également de l'active, de mon côté j'arrivais avec une vingtaine de hussards. Ceux de l'active partaient comme je l'ai appris plus tard, peu après pour rejoindre le régiment au front.

Ce point où je m'installais était le tunnel de Chalifert, la maisonnette de l'éclusier était dotée du téléphone. Il y avait un tunnel pour le train et un autre parallèle légèrement en contrebas pour le canal de Chalifert, devenu fameux depuis les inondations de Paris en 1910. A l'autre extrémité de ces deux tunnels il y avait également un autre sous-officier arrivé comme moi, commandant une vingtaine d'hommes lui aussi (Maréchal des Logis Plaud).

Quand nous avons fait la relève des 40 hommes de l'active contrairement à ce que je pensais, il y a eu une petite parade militaire que je trouvais superflue mais dont j'ai gardé un bon souvenir. L'Officier de Territoriale qui était le chef de ce secteur, les a fait placer sur deux rangs, présenter les armes, sonner la relève de la garde et défiler devant nous.

Nous prenions possession des consignes et des emplacements".